1999 - Enseignement - L'Église selon l'histoire - Cours

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Cours complet.



Resumé



1.1. Christianisme naissant.

A. Naissance dans le judaïsme et le paganisme.

A Jérusalem, l’amour fraternel  lie les premiers témoins du Ressuscité, mais surtout la fraction du pain (Ac 2, 41-47; 4, 32-35). Première ouverture: vers les Juifs de culture grecque, premières difficultés (Ac 6-9). Deuxième ouverture: admission des non-juifs (Ac 10-11), d’autres difficultés (Ac 15).
Structuration interne (presbytres et épiscopes), martyr de Pierre et Paul, destruction du Temple de Jérusaleme, structuration de la mémoire (canon des Ecritures).

B. Empire Romain et réception du christianisme naissant.

La religion officielle en crise: à cause de son caractère politique et à cause de l’impossibilité de faire face à l’inquiétude religieuse croissante qui cherche des solutions dans le mystérieux et salutaire.
Trois calomnies populaires antichrétiennes: athéisme, inceste, anthropophagie.
 Quatre difficultés majeures dans la réception du christianisme: pas d’ambitions socioculturelles, mais devoir éthico-religieux, revendication d’exclusivité, refus des sacrifices rituels, scandal de la Croix.
Trois atouts chrétiens: liberté (face au fatalisme : faste/néfaste), égalité, fraternité (agape).
Tros oppositions chrétiennes: contre la gnose, l’élitisme et le syncrétisme. 


1.2 Passage d’un christianisme minoritaire à une religion d’état.

A. Passage d’une religion à l’autre.

Pour répondre à la pression multireligieuse et multiethnique, la democratie républicaine est remplacée par la tyrannie impériale (Dioclétien 284-305). Le caractère théocratique de cette tyranie impériale  entraîne la perte des libertés locales des régions. Pendant ce temps là,  la rivalité des pouvoirs grandit. Constantin élimine tous ses rivaux  et fait le choix stratégique en s’appuyant sur une religion vivante (christianisme). En février 313 à Milan, lors de la rencontre avec Licinius, empereur de l’Orient, il s’accorde avec lui sur la politique de tolérance à adopter envers les chrétiens (dit Edit de Milan). Après avoir éliminé son dernier rival, Licinius, il fait de Constantinople sa nouvelle capitale en 330.
Conclusion: pour sauver l’Empire, ne faut-il pas mieux romaniser par le christianisme que par l’armée? L’efficaité de l’un semble prévaloir sur la force de l’autre.

B. De l’Eglise constantinienne à l’Empire chrétien.
Le concept du sacré,  introduit par Dioclétien, à partir de Constantin s’applique désormais non pas à l’Empereur mais à l’Eglise chrétienne. Paganisme reste la religion d’état jusqu’en 380, puis interdit en 392, alors que  le christianisme se répand très rapidement (à la fin du V siècle, 70% de la population de l’Empire est baptisée).
Triple compromis du christianisme  des premiers siècles: avec le judaïsme, avec le monde (païen) et avec la politique (deux cas de figures: césaro-papisme à l’Orient et distence de deux pouvoirs à Occident); compromis accompagné du passage de l’apologétique au théologique.


1.3. Chrétienté: vers les temps modernes.

A. La distinction clercs/laïcs.

Nouveau Testament n’emploie . jamais  le mot ‘laïcos’, mais ‘cleros’=ensemble du peuple chrétien.
III siècle: naissance du mot laïc=fidèle baptisé de sexe masculin qui peut baptiser, désigne l’élite chrétienne.
IV siècle: s’applique aux femmes et à tout chrétien.
A partir du V siècle: trois catégories de société chrétienne : clercs, moines et laïcs.

B. L’empire chrétien de l’Occident.
Structure sociale du Moyen-Age : les clercs (Oratores) se mettent en caste, l’aristocratie (Bellatores) se mue en classe militaire, le peuple reste (Serfs). Ce modèle fige l’ordre social, en interdisant tout changement, puisque cet ordre est voulu par Dieu.
Chrétienté bicéphale: spirituelle et politique à la base d’une étrange alliance entre Pépin le Bref (VIII siècle) et le pape. L’un a besoin d’une consécration royale que seul le pape peut confier, l’autre d’un pays pour gouverner. Ainsi le pape est reconnu comme ayant pouvoir temporel sur une partie de l’Italie centrale jusqu’en 1870. Cette alliance s’appuie sur un faux émanant de la Chancelerie pontificale selon lequel le pouvoir temporel du pape est né avec une donation de Constantin. En échange le pape consacre Pépin comme roi en 752.


1.4. Sortie de la chrétienté.

A. Conflits d’autorités.
-Querelles des investitures avec l’Empereur (Grégoire VII et Henri Barbarousse, XI s.) et le roi de France (Boniface VIII et Philippe le Bel XIII/XIV S.).
-Les croisades,
-le développement des villes, du commerce, des universités.

B. Déplacements/déséqilibre.

- Insécurité,
- pauvreté comme idéal franciscain,
- conception juridique de l’Eglise et la thèse de la monarchie théocratique pontificale universelle,
- émergence des idées nationales et concilaires,
- l’intérêt pour la foi chrétienne se déplace des universités vers l’art populaire et entraîne le déplacement du centre de gravité de Dimanche de Pâques vers le Vendredi-Saint; devotio moderna  rééquilibre un peu.


1.5. Modernité.

A. L’horizon toujours actuel de l’entrée dans la modernité.

- Réforme et Contre-Réforme,
- humanisme et l’homme pour centre,
- les missions et le nouveau monde,
- les Lumières et l’autonomie de la science,
- athéisme et idéologies modernes (socialisme, communisme comme réaction au capitalisme),
- Eglise repliée sur elle-même (protection du dépôt de la foi : Syllabus de Pie IX en 1864 et de la papauté: le pape se constitue prisonnier de Vatican à partir de 1870).

B. L’Eglise face aux défis modernes.

- Eglise ne se résume pas à l’attitude des papes. D’une Eglise repliée sur elle-même, affaiblie par des querelles intestines et assaillie de tout part (foi, science, politique), elle tente à se transformer en Eglise qui entre en dialoque avec elle-même et avec le monde. Elle s’éveille au désir d’être plutôt partenaire que gouverneur au service de Dieu d’Amour et de Miséricorde à travers le service de  l’humanité. Ainsi se réalise le rêve de beaucoup: le  concile Vatican II.


1.6. Conclusions.
De manière grossièrement schématisée, on peut dire que l’Eglise du Moyen-Age (chrétienté) a construit sur la terre, alors que l’Eglise moderne essaie de construire  sur la personne. La vision territoriale du champs d’action de l’Eglise est remplacée par la vision personnaliste. L’horizon de l’existence de l’Eglise militante n’est plus la terre mais l’homme qui l’habite. Est-elle à la sortie du quadrillage? Alors que la mission continue! Quelle mission, à partir de quelle Eglise? Les réponses possibles renvoient  à la foi et, à ce titre,  appartiennent plutôt à la théologie qu’à l’histoire.