2010/08/03 - Méditation personnelle - AUX CONFINS DE LA VIE
Lui, elle,
Il est débout,
Elle est assise.
Il jette les cailloux,
Elle tricote.
Elle est face à la mer,
Lui, est face à la côte.
Elle ne regarde pas la mer,
Lui, non plus, pas plus que la terre,
Juste l'endroit, où il balance les cailloux
Pour être sûr qu'ils rebondiront sur d'autres cailloux ;
Sur la plage il n'y a que des cailloux,
La tâche n'est semble donc pas trop difficile,
Sauf vouloir que ce soit sur un caillou particulier.
La plage, c'est un tas de cailloux sur lequel l'homme est débout,
Comme la femme est assise et tricote les yeux rivés sur les bouts d'équilles
Qui avec constance et efficacité transportent le fils.
Elle, contrairement à lui, elle a besoin de savoir
Où passent les équilles pour être sûre...
Du bon avancement du tricot.
Elle, elle travaille, alors que lui, il passe le temps à....
Les bras de deux employés à bouger
obéissent à la commande de chacun
et produisent des effets, certes,
plus faciles à constater dans son cas,
à elle, car plus visibles.
Avec le temps les alignements
Du fils tricoté se succèdent,
Alors que les cailloux déplacés,
Qui remarquera leur nouvel emplacement ?
Si souvent, ils sont réunis et emportés par les vagues
Pour échouer sur cette plage ou ailleurs.
Lui, avec ses bras, les envoie un par un,
Pas par paquet pour le parquer ailleurs
Lui, il s'en prend à chacun, un par un.
Chaque caillou qu'il touche
N 'est plus comme avant.
Il le choisit,
Et vue leur nombre,
On aurait pu penser
Qu'il le fait un peu au hasard,
Non, il les choisit un par un, soigneusement,
Et, après les avoir pris un par un dans ses yeux,
Il les prend dans sa main,
Leur donne une nouvelle existence, celle de la rencontre,
désormais, non pas avec un autre caillou,
mais avec lui, l'homme débout.
Et en les balançant, il chante tous les cantiques de la vie nouvelle
Vie rêvée ou déjà vécue, sans trop savoir
Laquelle de deux est le plus à regretter
Et laquelle est le plus à chérir.
La femme est à côté avec sa besogne
Comme si elle avait besoin de tricoter le fils de sa vie...
Ce fils, lui, il ne l'a que dans sa tête et qui peut-être est plus un filet mal fait
et qui maintenant se défaisant, se déployant - pense-t-il -
se trame de façon invisible entre les différents cailloux
Qu'il soulève et renvoie à la terre...
Une noble tâche que la sienne, son esprit englobe tout l'univers
Et même l'au-delà hypothétique,
Sa pensée prend forme d'une grandeur inaboutie
Tellement il bute contre les limites de sa pensée
Et finit par se résoudre à penser
Que personne n'est doté de l'esprit global,
Esprit qui comprendrait tout.
Il est certain d'une chose,
Une noble tâche que la sienne, non,
Elle ne s'accomplit pas au moyen des équilles d'une montre
Pas plus qu'avec celles d'un tricot.
Lui, il l'accomplit avec l'attention qu'il met dans chaque geste
Certes, elle, aussi, mais, elle c'est pour produire quelque chose d'utile dans la vie
Alors que lui, c'est pour quelque chose d'important qui sert à bien plus que
A couvrir et réchauffer
Ce qu'il fait cela sert à être, alors que ce qu'elle fait, elle,
Cela sert à faire pour maintenir et demeurer.
Contemple-t-il pour autant ?
Pas le paysage, ni la ligne de l'horizon qui est devant lui,
Encore moins la ligne qui sépare la terre ferme de l'autre terre,
Celle couverte par l'eau appelée mer.
Contemple-t-il alors le travail de la femme ?
Le moins du monde, il se contente d'être à côté,
Ce qui est déjà beaucoup, il aurait pu être ailleurs,
Il est à côté, comme s'il voulait dire qu'il est aussi à côté de ce qu'elle fait
Décalé, pas en phase, sans pour autant d'être en désaccord réel
Juste éloigné de ce qu'elle fait,
Tout aussi éloigné de ce qu'elle fait
Qu'il est proche d'elle, elle qui y est,
Tout juste à la distance d'un mètre .
Comme s'il lui disait,
'continue!, des toutes les façons, qu'est-ce que tu peux faire de mieux'.
Certes, pendant ce temps là elle ne parle pas.
Est-il satisfait de ce silence et pour longtemps ?
En attendant, il jette des cailloux, tout droit devant lui
Et donc juste devant elle, comme s'il lui disait aussi,
'Regarde, moi aussi je travaille'.
Sans doute, l'enfant lorsqu'il jette des cailloux,
Ce n'est pas seulement pour lui un jeu
C'est aussi un travail.
Pour l'homme, sans que cela n'ait l'air ridicule,
Tout étant du travail, est-ce pour autant du jeu ?
Et elle, en tricotant à quoi joue-t-elle ?
A cette petite fille qu'elle a été naguère ?
Et lorsqu'elle jouait à la femme, était-elle déjà dans
Ce qu'elle est aujourd'hui, une femme ?
Oui ! elle peut défaire ce qu'elle est en train de faire,
Elle n'a pas la prétention de maîtriser la matière de façon infinie
Elle le fait pour une utilité certaine, voire même quelconque
Alors que lui, il jette des cailloux pour une liberté absolue
Elle, elle ne cherche pas la liberté, elle est dans l'action
Lui, il la cherche, le mouvement de son bras le dit à souhait.
Mais qu'est-ce qu'il empêche de supposer que celui de la femme
Ne dirait pas la même chose ou tout au moins quelque chose de semblable ?
Les deux ont les bras en mouvement
Le regard du passant tout en constatant l'action de deux...,
Cependant l'attention première se porte sur la finalité
Du mouvement de la femme
Et non plus sur le mouvement de l'homme lui-même
Tellement futile et tout compte abstrait
Sont-ils l'un à côté de l'autre à cause du destin
Qui les a un jour ou une nuit unis ?
Et maintenant par l'activité qui le sépare ?
Vont-ils revenir demain pour continuer la tâche commune ?
Lui à passer au travers le temps et elle à faire passer le temps ?
Un jour, elle ne pourra plus faire ce geste, pas plus que lui !
Ce qu'ils ont pu faire filer dans leur vie
Leur filera un jour entre les doigts,
Mais en attendant, sauront-ils peut-être à se remémorer
Les cailloux de la plage et les nœuds du tricot ?
Ne cherchez pas à savoir qui de deux est le plus dans la vie,
Car ils ne sont rien, l'un sans l'autre.
Comme un caillou sans un regard ou un tricot sans un toucher
Un homme sans femme serait face à la mer
Son choix étant fait ou à faire.
La femme sans homme tricoterait toujours
Mais pour qui ?
Pour un enfant, assurément, comme celui que l'homme a été
Comme celle que la femme était aussi.
La femme tricote avec l'homme
Et l'homme jète des cailloux à côté de la femme.
Le mouvement de la mer donne de la vie à la terre.





